Description du projet

| Création 1995 | Festival de Cannes 

| Le bal du siècle |

Direction artistique / Conception : Karine Saporta
Chorégraphie : Karine Saporta
Musique live : Guy Cascales
Lumières : Arielles LAnge
Costumes : Hermès
Décors : Jean Bauer
Autres collaborations : Cinématèque de la Danse
Production / Coproduction de l’œuvre chorégraphique : CCN Caen
Production / Coproduction de l’œuvre vidéo : Festival International du film de Cannes / Théâtre de la Ville / Cinemathèque de la Danse /Opéra Théâtre de Massy / Théâtre de Cannes

 

Distribuition

Une production du Centre Chorégraphique National de Caen/Basse-Normandie Coproduction : Festival du Film de Cannes, Cinémathèque de la Danse, Théâtre de la Ville/Paris, Théâtre de Caen, Conseil Régional de Basse-Normandie avec le concours de la Maison Hermès pour la réalisation des costumes et avec le soutien de l’association 1er Siècle du Cinéma
Costumes : Hermès
Décor : Jean Bauer
Lumières : Arièle Lange
Chorégraphie : Karine Saporta
Guy Cascalès : bande-son et composition musicale

 

“Le bal du siècle” convoque les images des films qui ont marquée Karine Saporta, ce spectable créé, pour l’ouverture du Festival de Cannes en 1995, à la demande de Gilles Jacob, à la salle Debussy, au Palais des festivals. Pour la première fois en quarante-huit ans, le Festival de Cannes programmait en effet de l’art vivant. Le spectacle est un hommage aux grandes figures héroïques et “amoureuses” du cinéma de ce siècle.

Ce Bal du siècle a été conçu à la gloire de tous les films qui surent la bouleverser. Ainsi la danse honore à sa manière les cent ans du cinématographe. Sur un écran géant, des séquences, et des images, travaillées le plus souvent en boucle, expriment parfaitement l’obsession de la mémoire, qu’il s’agisse de La Belle et la Bête, du Mépris, de Duel au soleil, du Guépard ou de Vertigo.

Devant ces images immenses, les danseurs, minuscules silhouettes, disent avec leurs corps ce que les dialogues ne sauraient entièrement exprimer. Avec des êtres de chair et d’os sur scène, la danse rendait hommage au cinéma.

Ce spectacle a également été présenté au Centre Américain à Paris en début 1996.

 

Cinéma/grands duos d’amour

Penser au texte intro de Cocteau au début du film

Le cinéma entre en fusion avec la danse

Dans un décor de cadres d’or et de boîtes à projections ornées de flammes se détachant sur des toiles peintes reproduisant des détails déplissés de velours rouge, cette création a pour thème l’éblouissement et la fascination produits par “l’incarnation au cinéma”.

Etablissant un parallèle entre l’adoration religieuse et celle qu’a pu susciter, à travers ses représentations les plus sublimes et sublimées, le cinéma. A l’image de “vertigo”, où la représentation du personnage principal se substitue perpétuellement au personnage lui-même, Karine Saportaquestionne les mécanismes d’idolâtrie et de mystification indissociables de la puissance et du charme du 7ème art.

Pour cela, elle s’est inspirée des moments passionnels , pour elle, les plus troublants d’un Siècle de cinéma autour de Vertigo de Hitchcock, La belle et la Bête de Cocteau, le Guépard de Visconti, le Mépris de Godard et Duel au Soleil de King Vidor

Les personnages de la pièce sont emmenés comme Kim Novak pris au piège des fantasmes de James Stewart à se métamorphoser jusqu’au vertige de l’identification aux figures du sublime.

Qu’est-ce que la danse peut bien avoir à raconter sur un processus déjà si complexe, si complet, si plein: celui de la représentation du désir et de la passion au cinéma.

Quel espoir, quelle extase, quel trouble la danse peut-elle offrir à ce monde de suspensions charnelles et littéraires à la fois… qui est celui des grands scénarios et des grandes histoires d’images, de désir, de passion et d’amour au cinéma.

Pour un instant, pour un hommage, la danse peut apporter ce que le cri est au mot, une puissance émanant du fond de l’être à un cinéma toujours narratif même dans ses hallucinations et ses visions les plus géniales… Elle peut souffler d’un souffle qui balaye pour une heure éphémère le plateau des souvenirs. Elle peut faire tournoyer, tourbillonner dans l’air, charger d’émois des rêves surgis de sous la peau… un bal d’images mémoire… un bal du siècle de chair, de corps pelliculés.”

Karine Saporta

 

 

Extraits de presse au sujet du spectacle :

” Saporta trouve son bonheur à s’emparer des scènes dont elle porte à jamais la mémoire émotive. … la chorégraphe s’approprie l’histoire de ces corps amoureux. Elle confronte l’olympe formel des images au désordre insaisissable des corps réels, soulignant ainsi les risques que la danse est obligée de prendre. Le Bal du Siècle est un essai sur la représentation des sentiments et tel qu’il vient d’être montré, il a su nous faire entendre, parfois très fort, les battements de coeur des héros. Ces mouvements fous, désordonnés, ces cris muets qui sur les lèvres des acteurs se transforment en mot d’amour.”

D .Frétard – Le Monde

 

Avec Le Bal du siècle, Gilles Jacob directeur du festival, introduit pour la première fois le spectacle vivant dans la programmattion officielle. KS lui avait envoyé un projet qu’il a accepté le jour même où il l’a reçut. La chorégraphe avait eu l’idée de faire danser sa troupe sur quelques unes des plus belles scènes d’amour du cinéma. Ne pas dépasser la durée d’une séance fut sa seule contrainte.

Dominique Frétard – Le Monde du samedi 27 mai 1995 La chorégraphe Karine Saporta célèbre les grands duos d’amour du cinéma

Karine Saporta convoque les images des films qui l’ont marquée pour organiser son Bal du siècle, présenté aujourd’hui à l’Américan Center. L’audace et le risque excitent l’esprit de création de la chorégraphe. Avec bravoure, elle avait créé, pour le dernier Festival de cannes, à la demande de Gilles Jacob, grand organisateur de la manifestation, ce Bal du siècle à la gloire de tous les films qui surent la bouleverser . Ainsi, la danse saluait-elle à sa manière les cent ans du cinématographe, dans sa Mecque française. Sur écran géant, des séquences, parfois des images fugitives, travaillées le plus souvent en boucle, expriment parfaitement l’obsession de la mémoire, qu’il s’agisse de La Belle et la Bête, du Mépris, de Duel au soleil, du Guépard ou de Vertigo.

” Devant ces images immenses, les danseurs, minuscules silhouettes, disent avec leurs corps ce que les dialogues ne sauraient entièrement exprimer. C’est superbe. Et très gonflé ! ”

D .Frétard Le Monde

 

“Il y a un an, la chorégraphe qui aime le cinéma autant que la danse disait : « dans deux ans au maximum, je serai à Hollywood ! » En attendant l’Amérique elle sera à Cannes le 24 mai. Et ce n’était pas prévu.

Pour la première fois en 48 ans, le festival de Cannes programmait en effet de l’art vivant. Avec des êtres de chair et d’os sur scène, la danse rendait hommage au cinéma. Le Bal du siècle ne s’est pas tenu à la sauvette, mais à 22H »à, salle Debussy au Palais des festivals. « J’ai esquissé un projet que j’ai envoyé à Gilles Jacob, directeur de la manifestation. Il m’a donné son accord le jour même où il recevait mon envoi. », se rappelle KS, extrêmement tendue , juste quelques heures avant le spectacle. Au dernier moment, il lui a fallu la mort dans l’âme couper quarante minutes de sa chorégraphie : à savoir les séquences mise en danse sur La Belle et la bête et sur Dolce Vita. Gilles Jaco partage avec le chorégraphe américain Merce Cunningham la certitude que « la durée d’une chorégraphie doit être celle d’une séance de cinéma ». Soit une heure et dix minutes.

KS s’est donc résolue à respecter cette durée. Elle a conservé Vertigo de Hitchcock, film au sujet duquel elle écrit : « je serai marquée du suicide de Vertigo comme l’on est marquée d’une tache originelle » ; Le Mépris de Jean-Luc Godard- les droits étaient trop chers, la Cinémathèque de la danse, associée au projet, a conseillé le documentaire de Jacques Rozier, Paparazzi, pris sur le tournage à Capri, une merveille d’intelligence ; Le Guépard de Luchino Visconti et Duel au soleil de King Vidor. Soit les couples Kim Novak-James Stewart, Brigitte Bardot-Michel Piccoli, Claudia Cardinale-Alain Delon, la torride Jennifer Jones-Grégory Peck : Le Bal du siècle est dédié à leurs passions amoureuses.

Le dispositif scénique qu’a construit Jean Bauer, grand écran compris, est d’un rouge pelucheux, profond, celui des salles de cinéma, celui du tissu sur lequel posait, nue, Marilyn Monroe. Tel le halo rougeoyant de la mémoire dans lequel se fondent les images, les corps des danseurs, les voix abyssales de la bande-son de Guy Cascalès. A la danse revient le rôle d’exprimer le tumulte abstrait des états d’âme des acteurs. Tout ce qui se cache derrière leurs mots. Pas toujours facile, pas toujours réussi non plus dans ce Bal du siècle. Car il en faut de la force, de l’inconscience aussi, pour oser lutter contre un gros plan de Bardot, contre Gregory Peck embrassant Jennifer Jones alors qu’il meurt de la main même de la femme qu’il aime…

Fragiles silhouettes

Qui sont-elles donc ces fragiles silhouettes de danseurs qui bougent au pied de l’écran comme au bord de l’abîme sur une scène étroite de 5 mètres de profondeur pour relever une telle gageure ? Elle sont les feux follets têtus des émois des acteurs, leurs ombres platoniciennes, « leur inconscient » dirait Daniel Sibony, présent dans la salle tout comme Serge Toubiana, un des rares critiques de cinéma à s’être déplacés pour observer le challenge. Le duel Bardot-Piccoli est simulé par une danse d’esprit tauromachique où la fameuse serviette orangée qui cache autant qu’elle le dévoile, le corps de B.B, s’enroule et se déroule autour du corps de la danseuse, leurre écarlate contre lequel les amants achèvent de fracasser leur histoire d’amour. Magnifique cet instant de Duel au soleil où le danseur déplie en deux mouvements successifs la jambe de sa partenaire comme on arme une carabine, avant de la pointer sur une cible imaginaire : Gregory Peck reconnaît ainsi qu’il a provoqué sa propre mort, qu’il l’a peut-être même désirée. Le rire vainqueur, monté en boucle de Claudia cardinale indique assez combien la passion naissante ne se doute jamais du sort qui l’attend. La danse de Karine Saporta, réputée pour ses pulsations obsessionnelles, répétitives,

” (Saporta) trouve son bonheur à s’emparer des scènes dont elle porte à jamais la mémoire émotive. … à les passer, à les repasser à satiété, jusqu’à incarner ces corps mythiques dans ceux de ses danseurs. Faust manipulatrice, la chorégraphe s’approprie l’histoire de ces corps amoureux. Elle confronte l’olympe formel des images au désordre insaisissable des corps réels, soulignant ainsi les risques que la danse est obligée de prendre.

Le Bal du Siècle est un essai sur la représentation des sentiments : il faudra le voir dans une salle véritablement équipée pour le spectacle vivant. Et ce sera bientôt le cas. Il faudra le juger quand il sera repris dans sa longueur initiale. Mais tel qu’il vient d’être montré, il a su nous faire entendre, parfois très fort, les battements de coeur des héros. Ces mouvements fous, désordonnés, ces cris muets qui sur les lèvres des acteurs se transforment en mots d’amour.”

D .Frétard – Le Monde du mardi 9 janvier 1996- Le « bal du siècle »- La chorégraphe KS fête les cents ans du cinéma à l’Américan Center

 

“… Dans Le Bal du Siècle Karine Saporta nous offre ce que Woody Allen nous avait laissé imaginer dans La Rose pourpre du Caire… ”

S.Bénamon – Télérama

” Devant ces images immenses, les danseurs, minuscules silhouettes, disent avec leurs corps ce que les dialogues ne sauraient entièrement exprimer. C’est superbe. Et très gonflé ! ”

D .Frétard – Le Monde

“… le “Bal” entraîne le spectateur dans un tourbillon d’images où l’on peut reconnaître au passage quelques séquences inoubliables signées Cocteau,Hitchcock, Visconti ou Godard…”

R.Sirvin – Le Figaro

” Saporta fait corps avec les images qui impriment sa mémoire et met en scène duos de cinéma et duos de danse.”

M.C Vernay – Libération

 

“Avec le Bal du siècle, le Palais des festivals célèbre la rencontre de la danse et du cinéma.

Un heureux événement : la première apparition de la danse sur scène au Palais des Festivals, avec KS. Une façon de rappeler, à l’occasion du centenaire du cinéma, les liens entretenus durant un siècle entre les deux arts. Dès la naissance du cinématographe avec Méliès ou les Lumière et aujourd’hui plus que jamais quand tant de chorégraphes sont à leur tour passés derrière la caméra. « Le bal du siècle » , ce sont neuf scènes d’amour tirées d’autant de films cultes comme « La belle et la Bête », « Le Mépris », « La Dame de Shangai », « La Dolce Vita », ou « Singin’ in the Rain » . Neuf séquences glamour transposées à la scène par des danseurs aux costumes signés hermès. C’est à travers la passion amoureuse que Saporta rend hommage au cinéma. Hommage brûlant, pour lequel elle a relu et interprété des gestuelles d’acteurs extrêmement codées et sophistiquées. « J’aurais ainsi calqué sur mon propre style une façon d’être, de jouer, quelque peu désuète parfois, mais d’une telle élégance, d’une intériorité si plastique que c’en était quasiment de la chorégraphie ». Chorégraphie en effet que ces mises en scène hollywoodiennes de duos amoureux, plus évidente encore quand on songe aux analogies frappantes entre le cinéma américain d’alors et le style d’une Martha Graham qui vit passer dans son école tant d’actrices célèbres. Battements de cils éperdus, étreintes folles, pleurs, fureur amoureuse, soupir alanguis, tout l’amour du cinéma d’antan renaît dans « La Bal du siècle ». Pour cette première, on avait proposé à Saporta le gala d’ouverture. Elle a préféré présenter son spectacle au cœur du festival. Afin d’éviter que dans le temple du cinéma, la danse ne f&asse figure de simple divertissement luxueux. Palais des Festivals Cannes”

Raphaël de Gubernatis – Le Nouvel Observateur du 18 au 24 mai 1995 – Amour, Glamour et entrechats-

 

Pour célébrer le centenaire du cinématographe, le festival international du Film de Cannes a fait l’année dernière entorse à ses principes en coproduisant un spectacle de danse, lui offrant l’une des salles du palais des Festivals. Un spectacle saluant le septième art où Karine Saporta, son auteur, disait tout son amour du cinéma.

C’est que la chorégraphe a passé une bonne partie de son existence dans les salles obscures, allant jusqu’à collaborer avec un auteur baroque comme elle, Peter Greenaway pour « Prospero’s books ». ou à réaliser ses propres courts métrages. Et c’est cette passion du cinéma, ce sont les longs et langoureux baisers des films américains, la valse du « Guépard » ou le rire de gorge de Claudia Cardinale, la silhouette de BB dans le « Mépris » ou telle scène de « Duel au soleil », qui ont inspiré « Le bal du siècle ». Sur l’écran, les fragments d’une poignée de films culte. Sur la scène, dans des costumes semblables à ceux des stars, mais redessinés, exaltés par les stylistes d »e la maison Hermès. La chorégraphe « travaille sur les accords, les affinités, les correspondances des échos » qu’elle a surpris entre le monde du film et celui de la danse. Elle transpose avec volupté chez ses interprètes ce qui la fait rêver chez les acteurs.Tout cela pour faire du Saporta. Avec des répétitions lancinantes qui paraissent bien inutiles, un esthétisme exacerbé, des chevelures emballées, des étoffes virevoltantes, une complaisance certaine. Et de la magie encore. Celle exercée par une belle sorcière, trop sûres de ses charmes.

Raphaël de Gubernatis – Le Nouvel Observateur du 11 au 17 mai 1996- Le cinéma selon Saporta

 

“En prévision du centenaire du cinéma et du festival de cannes, trois chorégraphes aussi différents que Karine Saporta, Bill T.Jones et Roland Petit se sont inspirés de l’histoire du cinéma pour leurs nouvelles créations.

Un spectacle de danse au beau milieu du festival du film. C’est la surprise que réserve Gilles Jacob à ses invités pour la soirée du 24 mai. A la recherche d’idées pour fêter le centenaire du cinéma, le délégué général du festival de Cannes s’est enthousiasmé pour le projet que lui a proposé la chorégraphe KS. Habituée à déployer sur scène un imaginaire exubérant, celle-ci propose d’évoquer la passion amoureuse au cinéma.

Pour dresser un catalogue des gestes amoureux, dans le rapport passionnel extrême, elle s’est livrée à un véritable travail d’ethnologue. Plus de 400 films visionnés, pour aboutir à une sélection de neuf chefs-d’œuvre parfaitement identifiables par les cinéphiles, au travers des extraitsp^projetés, des scènes reconstituées ou réinventées, des costumes clins d’œil réalisés par Hermès et des musiques « à la manière de « . On reconnaîtra entre autres, le Guépard dont la scène du bal a donné le titre de la pièce (La bal du siècle) ; la Damme de shagaï et son miroir brisé ; le Mépris, évoqué par des extraits de deux documentaires de Jacques Rozier ; Duel au soleil mise en images du processus de la passion, selon la chorégraphe et surtout Vertigo d’Hitchcock

« ce film est le symbole même de tous les spectacles. Il parle de la représentation et de l’amour inacessible, c’est toute l’histoire du cinéma et des stars. »

Et si le parterre d’accrédités qui assistera au spectacle risque d’être déconcerté par une chorégraphie bien peu conventionnelle, il pourra s’y retrouver dans les références. Après Cannes le spectacle clôturera le festival de Belfort, en décembre avant de venir à Paris le mois suivant.

… A quelques jours de la première, KS h ésite encore à intégrer dans son spectacle une séquence de Singing in the rain « devant une telle perfection, on peut se demander ce qu’une chorégraphie scènique peut bien rajouter », s’interroge-t-elle. Cette peur de la redondance n’empêche pas d’autres d’en tirer quelques quelques leçons de cinéma.”

Jacky Pailley – L’Evènement du Jeudi du samedi 10 au 17 mai 1995- En mai, la danse fait son cinéma

 

“Un spectacle insolite et insolent, où se marient, pour la première fois, la danse et le cinéma. A cannes ce 24 mai.

Cela commence comme une projection de vidéo-8 à la maison, après un retour de vacances. La taille de l’image et ridiculement petite par rapport à l’espace scènique. La copie est en 16MM et un élément du décor empiète sur l’image : un carré dont on remarque pas l’utilité. Soudain apparaît, à l’écran le visage de James Stewart dans Vertigo. La caméra d’Alfred Hitchcock s’arrête sur le portrait de Kim Novak. Le spectateur lui ne voit qu’une chose, le bouquet de roses rouges qu’elle tient à la main, juste au centrer de l’énigmatique carré. La projection s’arrête, derrière le tulle qui sert d’écran, on découvre une femme assise avec un bouquet à la main.Chignon strict, tailleur au-dessus du genou, Kim Novak est sortie du tableau : le symbole de l’héroïne hitchcockoienne…

“… Dans Le Bal du Siècle Karine Saporta nous offre ce que Woody Allen nous avait laissé imaginer dans La Rose pourpre du Caire… Ici les personnages d’Alfred Hitchcock sont réellement passés de héros en deux dimensions à des êtres de chair.

C’est en travaillant sur la passion amoureuse que Karine Saporta a eu l’idée de rendre hommage aux 100 ans du cinéma. « J’ai eu envie d’inclure des extraits de films dans mon spectacle, explique-t-elle, car nous sommes gavés d’images en deux dimensions, et ce sont elles qui nous inspirent, bien plus que la réalisté charnelle.3 Gilles Jacob entend parler de son travail et lui demande de réserver la création de son ballet pour le festival de Cannes. Histoire d’associer (enfin) pour la première fois danse et cin éma.

Au total la chorégraphe a visionné près de 400 films. Elle en a retenu neuf, dont Duel au soleil de King Vidor, La Dolce Vita de Federico Fellini et Le Mépris de Godard.

Un pas vers la caméra

KS danse cinéma. Le 7e art l’inspire. Lors de la soirée d’inauguration de la chaîne de télévision Arte en mai 1992, c’est elle qui ouvre le bal avec une création autour du thème de Jules et Jim, de Truffaut. Au Panthéon de ces cinéastes favoris : Bunuel pour son surréalisme, Godard pour sa sublimation du quotidien, et bien sur Peter Greenaway, avec lequel elle a travaillé pour Prospero’s Book.

Ses chorégraphies partent d’un travail d’improvisation des danseurs pour devenir sous nos yeux des évocations picturales. Pour elle, « la danse est à mi-chemin entre la composition musicale et la peinture donc, le cinéma ».

Entre ces deux arts « qui font parler les corps dans des cadres », il n’y a donc qu’un pas, que la chorégraphe touche-à-tout a franchi. Son premier court métrage Les Larmes de Nora, a été récompensé en 1992 au festival International de Films de femmes de Créteil. Depuis, KS ne manque pas de projets : »il est impossible d’être complètement satisfait de soi si on n’a pas réalisé un film, assure-t-elle »”

Sophie Bénamon – Télérama du mercredi 24 mai 1995 – Le journal du festival : La danse du 7e art

 

“Le cinéma centenaire est à l’origine du Bal du siècle une commande du Festival de cannes à KS. La chorégraphe n’est jamais restée indifférente aux mouvements de caméra. Sa collaboration avec Peter Greenaway dans Prospero’s Book, un lever de rideau sur le thème de Jules et Jim pour la soirée inaugurale d’Arte, plusieurs courts métrages ou vidéos en témoignent. Cette fois elle s’est intéressée à la mythologie du grand écran, à ses stars, à ses séquences d’anthologie : Bardot, ou Cardinale ou l’affrontement entre Jennifer Jones et Grégory Peck, en point d’orgue du Duel au soleil de King Vidor. Elle joue ici sur les correspondances entre la mise en scène et la chorégraphie, avec ce raffinement à l’orée de la préciosité qui caractérise son œuvre et les films qu’elle a choisi de revisiter.

Martine Lachaud – Télérama du 3 janvier 1996 – American Center

 

“Grande première au 48e Festival de Cannes, qui programme le premier spectacle vivant depuis sa création : Un Bal du siècle concocté par KS, directrice du CCN. Pour créer ce « bal » de tourmente ste de passions, de fantasmes et de désirs, elle a planché sur l’amour au cinéma, ses gestes, ses élans, ses obsessions, visionné plus d’une centaine de films, sélectionné quelques toiles mythiques- notamment « vertigo », « Duel au soleil », « Le M épris », ou « La Belle et la Bête ». Elle s’est inspirée de l’univers expressionniste de l’un, du chrame désuet de l’autre. Ses danseurs évoluent sur fond d’écran géant où sont projetés des extraits de films, des images de tournage, des histoires de paparazzi. La chorégraphe à l’imagerie baroque et parfois kitsch assure que « la danse peut apporter à un cinéma toujours narratif, même dans ses hallucinations et ses visions les plus géniales, ce que le cri est au mot : une puissance émanant du fond de l’être ». Elle peut aussi faire tournoyer dans l’air chargé d’émois un bal d’images mémoire, un « bal du siècle » de chaire, de corps pelliculé.-Palais des Festivals cannes le 24 mai 1995″

Martine Lachaud – L’Express – semaine du 18 au 24 mai 1995 – Danse avec le cinéma

 

Grande première au 48e Festival de Cannes, qui programme le premier spectacle vivant depuis sa création : Un Bal du siècle concocté par KS, directrice du CCN. Pour créer ce « bal » de tourmente ste de passions, de fantasmes et de désirs, elle a planché sur l’amour au cinéma, ses gestes, ses élans, ses obsessions, visionné plus d’une centaine de films, sélectionné quelques toiles mythiques- notamment « vertigo », « Duel au soleil », « Le M épris », ou « La Belle et la Bête ». Elle s’est inspirée de l’univers expressionniste de l’un, du chrame désuet de l’autre. Ses danseurs évoluent sur fond d’écran géant où sont projetés des extraits de films, des images de tournage, des histoires de paparazzi. La chorégraphe à l’imagerie baroque et parfois kitsch assure que « la danse peut apporter à un cinéma toujours narratif, même dans ses hallucinations et ses visions les plus géniales, ce que le cri est au mot : une puissance émanant du fond de l’être ». Elle peut aussi faire tournoyer dans l’air chargé d’émois un bal d’images mémoire, un « bal du siècle » de chaire, de corps pelliculé.-Palais des Festivals cannes le 24 mai 1995

« Ce choix est extrêmement difficile, dit Karine Saporta. Ma préférence n’est pas forcément allée aux « palmes d’or », mais à des sujets permettant à ma troupe d’évoquer les passions amoureuses ». Une création qui sera ensuite reprise en France et à l’étranger. « après un trou d’une vingtaine d’années, les chorégraphes sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à s’intéresser au cinéma. Certains d’entre eux songent même très sérieusement à se lancer dans la réalisation de longs métrages. Nous sommes en train de revenir à une tradition dans laquelle Hollywood a jadis excellé et qui peut encore avoir de beaux jours devant elle ».

Jacques Pessis et Hervé de St Hilaire – Le Figaro du mercredi 14 décembre 1994- Leur Vie – Le Festival de Cannes entre dans la danse

 

La croisette s’amuse. Pour annoncer le centenaire du cinéma « Le Bal du siècle » est un hommage aux grandes figures héroïques et amoureuses du cinéma. Karine saporta a inventé ce spectacle. Elle a fait avec les films qu’elle aime des boucles de cinéma, de jolies boucles brunes qui insistent et vous entêtent : évanouissements, traversées de murs, rires, noyades, fusillades. Elle raconte le vertige dans « Vertigo », le tournis dans « Le Guépard », « La Dolce Vita », « La belle et la Bête », les paparazzis. Captive du cinéma, elle jette sa danse dans cet enivrement comme pour tenter de se relever, de résister, de s’agripper à l’image-par-image. Elle rejoint Kim Novak, Josette Day, Jennifer Jones, Claudia cardinale, Brigitte Bardot. Ce phénomène de surimpression, d’emboîtement, entre le mouvement des danseurs, l’écriture chorégraphique et les images du cinématographe, une relation entre les corps et le images, vertige des vertiges, vertiges d’adoration multiple qui, toujours, reviennent à la mâma source. La danse apporte le rêve, l’espoir et l’extase ; la& danse rend hommage au cinéma. La danse peut faire tournoyer, tourbillonner dans l’air chargé d ‘émois un bal d’images méméoire, un bal du siècle, de corps.

Madame Figaro de mai 1995- La croisette s’amuse

 

…Inspiré à la chorégraphe par Gilles Jacob.

Où le spectacle a été présenté en création mondiale

Hommage au premier siècle du cinéma à ses grandes figures héroïques et amoureuses.

Le Bal entraîne le spectateur dans un tourbillon d’images où l’on peut reconnaître au passage quelques séquences inoubliables signées Cocteau, Welles, Hitchcock, Fellini, Visconti, Godard et une pléiade de stars : Peck, Brando, Cooper, Mastroianni, Piccoli, Arletty, Bardot, Cardinale…

« Poursuivant dans le Bal du siècle, un lancinant va-et-vient entre les héros sur l’écran et les corps des danseurs, Karine Saporta ne se cantonne pas dans un pléonasme obsessionnel » précise Gilles Jacob. Comment éviter d’affadir le mythe par un environnement purement ornemental ? poursuit-il . « En mettant l’œuvre à plat pour mieux la voir en relief, en mêlant le split screen et la profondeur de champ par une suite d’études et fugues qui la replacent en perspective, en la faisant chanter par une série de chatoiements interactifs…

“… le “Bal” entraîne le spectateur dans un tourbillon d’images où l’on peut reconnaître au passage quelques séquences inoubliables signées Cocteau, Hitchcock, Visconti ou Godard…”

R.Sirvin – Le Figaro du vendredi 12 janvier 1996 – Danse à l’Américan Center-Saporta fait son cinéma– +1 photo du spectacle de JM.Guillaud

 

“Avec ce Bal du siècle en forme d’hommage à ses films cultes, la chorégraphe dépossède trop la chair au profit de l’image

Au bal de Karine Saporta, le cinéma mène la danse.

Karine Saporta est une amoureuse transie, ravie du cinéma et plus largement de l’image, ce qui irrigue constamment ses spectacles. Avant même de former sa compagnie, elle exposait ses recherches photographiques. Une activité qu’elle poursuit, non pas parallèlement mais dans un va-et-vient avec la danse, en photographiant les matières de ses photographies, comme récemment avec l’Or ou le cirque de Marie, un spectacle qui prend appui sur le cirque et le flamenco. Ce travail photographique lui permet de trouver un autre temps, un autre cadre, une autre mise en scène, donnant ainsi une nouvelle respiration à ses pièces, hors plateau. Elle a aussi réalisé un court-métrage en 92 Les Larmes de Nora, collaboré avec Peter Greenaway à Prospero’s Books, flirté sur Arte avec Jules et Jim. Et puis amoureuse éperdue (à la tête froide), elle se jette du haut de sa danse dans les bras de couples fameux du cinéma, celui de James Stewart et de Kim Novak de Vertigo d’Alfred Hitchcock, celui de La Belle et la Bête de Jean Cocteau, celui de Claudia Cardinale et d’Alain Delon du Guépard de Luchino Visconti, celui de Brigitte Bardot et de Michel Piccoli du Mépris de Jean-Luc Godard, celui de Jennifer Jones et de Grégory Peck de Duel au soleil de King Vidor.

La chorégraphe aurait pu rester en marge du cinéma, ne l ‘évoquer que dans l’abstraction de la danse. Elle a fait un tout autre choix dans Le Bal du Siècle, spectacle créé au dernier festival de cannes, repris en ce moment par le Théâtre de la Ville au Centre Américain. Grâce à un espace scénique composé d’écrans, de cadres, elle projette sa danse en même temps que certains extraits de films ou de bandes son. Comme si elle cherchait à faire corps avec les images qui ont imprimé sa mémoire, elle met en scène, dans un espace-temps commun les duos du cinéma et ses duos de danse. Pour chaque film, elle signe une danse, choisissant un point de vue, un angle. C’est plutôt vertigineux avec Vertigo : KS zoome alors sur le bouquet de fleurs, celui du portrait de Carlotta Valdès, la grand-mère de Madeleine, devenue folle. Le duo-trio dansé se noie dans le cinéma, s’étouffe sur le baiser de la falaise. Le traitement par la Gitane du métissage de Pearl de Duel au soleil est lui aussi parlant, en contraste avec certaines raideurs de Grégory Peck. En revanche, on est moins touché par le traitement cinéma muet de La Belle et la Bête, par celui en scène de bal du Guépard, malgré le rire en boucle de Claudia Cardinale.

Malgré l’intelligence de la mise en scène, le parti pris courageux qui évite les pièges du doublon, on reste sur sa faim. En voulant rendre un hommage vibrant à la passion, au désir qui circule du cinéma à la danse, KS nous donne en fait le désir de cinéma. Dans ce spectacle de l’image et de la chair pour un centenaire du cinéma, KS ne mène pas tout à fait la danse. Dans ce bal du siècle, elle tire sa révérence. On la préfère irrévérencieuse.

” Saporta fait corps avec les images qui impriment sa mémoire et met en scène duos de cinéma et duos de danse.””

M.C Vernay – Libération du 10 janvier 1996 -Danse : Au bal de Karine Saporta, le cinéma mène la danse – Centre américain

 

“Sur les marches du Palais Cocteau, Donen, Fellini, Godard, Hitchcock, Kazan, Kelly, Vidor, Visconti et Welles aux bras de Karine Saporta pour ouvrir Le Bal du Siècle.

Aux marches du Palais

Le Bal du Siècle ne se font pas dans les fastes de la manifestation. La chorégraphie de KS devient à sa manière le vingt-cinquième film de la sélection officielle. Contrairement aux événements habituels en périphérie du festival, Le Bal du Siècle – titre trouvé par Gilles Jacob- sera visible dans la salle Debussy, au cœur du Palais des festivals, dans un créneau identique aux films sélectionnée. Pour ou contre l’invitation d’un spectacle vivant ? Cela risque fort d’être le débat enflammé (il n’y a pas de demi-mesure sous les projecteurs de Cannes) qui suivra le spectacle, au Petit Carlton, au Blue bar ou sur les marches du Palais, KS elle tranche définitivement. Se nourrissant de l’histoire du cinéma à la manière d’une Mia Farrow en spectatrice élue qui voit descendre à l’écran son héros de celluloïd, la chorégraphe transpose la réalité en féérie humaine.

Le miroir se trouble, devient liquide. Guidés peut-être par Orphée, les personnages traversent l’écran pour retrouver sur scène l’univers baroque de l’auteur. Un voyage dans l’espace temps cinématographique. Nos personnages ne prennent pas une ride et leurs costumes crées par Hermès ressemblent à ceux portés par les stars sur l’écran. Dédoublement et non doublure. Une seconde vie profondément chorégraphique.

L’image s’invite sur scène, noblesse oblige en ce début du second siècle du cinéma. Quel extrait de film choisir ? KS s’est transformée, plusieurs mois durant en ethnologue de la pellicule. Deux cents films visionnés avec l’aide précieuse de Patrick Bensard, directeur de la cinémathèque de la danse. Il n’était pas question de retracer l’histoire du cinéma ; une seule fièvre semble avoir guidé leur choix, cette maladie étrange que l’on croyait disparue, la cinéphilie.

Neuf extraits de films serviront de repère. (même si au bout du compte seulement 4 formeront le spectacle final)

La Belle et la Bête de Jean Cocteau, Duel au soleil de King Vidor, La dame de Shangaï de Orson Welles, Un tramway nommé désir de Elia Kazan, La Dolce Vita de Federico Fellini, Le Guépard de Luchino Visconti. Les rôles de Kim Novak et James Stewart sortis de Vertigo d’Hitchcock présideront en envoûteurs.

Si ces titres n’ont pas posé de problème particulier, il n’en fut pas de même pour Le Mépris de Jean-Luc Godard. Parvenir à contourner les problèmes existentielles d’une Brigitte Bardot en rupture d’image n’est pas le moindre des exploits. Le sort s’en est mêlé avec la rencontre du cinéaste Jacques Rozier. Le Mépris est à l’écran grâce à des images inédites d’un reportage de Rozier, un film sur le film.

KS hésite à retenir Singing in the rain de Gene Kelly et Stanley Donen : « A quoi sert-il de s’inspirer d’un chef-d’œuvre, si c’est pour en faire une pâle copie ?. Entre cinéma et danse,, une passerelle holographique vient d’être créée.”

Alain Chene – Télex Danse de mai 1995- Le bal du Centenaire

 

“Le Bal du siècle est une œuvre de commande. Née d’une idée de Gilles Jacob, elle a vu le jour au Festival de Cannes, l’an dernier, quand le cinéma fêtait allègrement ses 100 ans et le Théâtre de la Ville vient de la reprendre à l’American Center. KS y fait référence à quelques films, directement ou non, comme pour Le Mépris de Jean-Luc Godard. Les stars de Hollywood, de Cinecitta et d’ailleurs renvoient à l’héroïne saportienne, figure récurrente qui donne ici le sentiment d’une vénération moqueuse. En parallèle, des séquences projetées que la chorégraphe décalque parfois simplement, comme si elle voulait poser des repères entre cinéma et danse, la pièce s’inscrit dans un espace imaginaire, ciel de feu, rouge salon où tourbillonnent les passions amoureuses. Particulièrement attachante est la séquence dont Brigitte Bardot-BB est la vedette.”

JC. Dienis – Danser de février 1996- Karine Saporta entre danse et cinéma

 

 

…Karine Saporta ouvre le bal avec sa dernière création Le Bal du siècle, présentée en avant-première au dernier Festival de Cannes. Cet hommage aux grandes figures héroïques et amoureuses du cinéma du Xxe siècle tente de répondre à la question : « qu’est-ce que la danse peut ajouter à l’émotion du cinéma ? » en évoquant neuf classiques de l’histoire du sepotième art, KS dresse un catalogue des gestes amoureux. American Center

L’Evènement du Jeudi du samedi 4 au 1O janvier 1996- Danse : ** Karine Saporta +1 photo du spectacle de T.Valés/Enguerand- article de Jacky Pailley

 

Dans le cadre du Festival de cannes, la chorégraphe KS rend hommage au premier siècle du cinéma avec la création mercredi dernier , à Cannes, d’un spectacle faisant référence à de nombreux films d’anthologie du septième art. Eve Ruggieri est allée rencontrer la chorégraphe et filmer la répétition générale de ce Bal de tourmentes, passions, fantasmes et désirs. Musiques au cœur dimanche 28 mai 95 France2- 0h40

 

La Croix-L’Evènement du samedi 27 mai 1995- Le Bal du siècle +1 photo de KS avec Eve Ruggieri de Xavier Gassman/france2-annonce

 

… Mon idée a été de travailler sur le thème du rapport amoureux au cinéma. Sur le code gestuel spécifique qu’il a engendré. Il me semble qu’au cinéma l’amour est beaucoup plus physique que dans d’autres modes d’expression. Ni le théâtre, ni la danse n’illustrent la passion avec autant d’intensité. Il suffit de penser à des films comme Vertigo d’Alfred Hitchcock, ou Duel au soleil, un film étonnant de King Vidor, avec cette incroyable scène finale entre Jennifer Jones et Grégory Peck qui s’entretuent sauvagement et meurent dans les bars l’un de l’autre. L’amour-haine, l’amour-passion, avec ce fantasme du passage à l’acte et du crime, voilà ce qui m’a intéressée. La passion est toujours pathologique, non ? Quand à Vertigo, c’est l’un des films d’amour les plus extraordinaires que je connaisse. Dans ce double personnage de femme, Kim Novak, y est simplement éblouissante. Je suis donc partie de ces deux œuvres, en prenant pour thème le duo amoureux, mais je me suis inspirée aussi d’autres films.

Des films phares, qui portent tous le thème du duo d’amour jusqu’à l’incandescence : « Le Mépris », « La Belle et la Bête », « La Dolce Vita », « La Dame de Shangai », « Le Guépard », »Un tramway nommé désir », mais aussi, pour cause de danse, une comédie musical comme « Chantons sous la pluie » (« Singing in the Rain ») .

Ce sera surtout une succession de duos, dans un décor de toiles peintes conçu par Jean Bauer comme un écrin, avec des extraits de films projetés en fusion avec la danse, ce qui pose d’ailleurs un certain nombre de problèmes de droits que nous sommes en train de résoudre. De même pour l’utilisation de certaines bandes son.

La danse peut rappeler au cinéma-Cannes ou pas Cannes- que la voie, disons, romanesque n’est pas la seule, qu’il y en a d’autres, qui sont plus sur l’émotion du regard . Et aussi que le cinéma n’a pas non plus le monopole de la fiction. Ce qui ne retire rien à mon immense admiration pour le travail des acteurs, réactivée actuellement par le travail que je réalise pour la pièce. Chantal Aubry

Journal de la SACD de mai-juin 1995- carnet de Bal article de Chantal Aubry

 

Entrez dans la danse. Le 24 mai 1995, le Festival International du Film de Cannes accueillera KS, figure emblématique du monde de danse et directrice du centre chorégraphique national de Caen, pour un hommage au cinéma qui, cette année, fête ses 100 ans.

On ne pouvait imaginer plus beau cadeau que ce Bal du siècle !.

La chorégraphe a choisi de s’inspirer des moments passionnels les plus troublants d’un siècle de cinéma en s’interrogeant sur la puissance et le charme opéré par le 7e art.

A partir d’une dizaine de films pris comme référence ( « La Belle et la Bête » de Jean Cocteau, « Vertigo » d’Alfred Hitchcock, « La Dolce Vita » de Federico Fellini …), les personnages de la pièce seront amenés à se métamorphoser jusqu’au vertige de l’identification et de la fascination pour les grandes figures du cinéma.

Le choix des films a été extrêmement difficile. Ma préférence n’est pas forcément allée aux Palmes d’Or mais à des sujets permettant à maz troupe d’évoquer les passions amoureuses ».

Après un trou d’une vingtaine d’années, les chorégraphes sont aujourd’hui nombreux à s’intéresser au cinéma. Nous sommes en train de revenir à une tradition propre à Hollywood et encore prometteuse.

Fort heureusement, « Le Bal du siècle » ne restera pas le privilège des festivaliers puisque la création sera ensuite reprise en France et à l’étranger. A surveiller de près et à ne surtout pas manquer.

Le Quotidien de Paris –édition nationale n° 4587 du mercredi 22 mars 1995- Entrez dans la danse-annonce

 

La directrice du centre chorégraphique national de Caen, aime le cinéma. Un court métrage (Les Larmes de Nora), une chorégraphie pour Peter Greenaway (Prospero’s Books) et maintenant « Le Bal du siècle », un spectacle « en hommage aux grandes figures héroïques et amoureuses du cinéma de ce siècle. Sur une idée de Gilles Jacob, grand ordonnateur du festival de Cannes, Saporta confronte « la magie de l’image à la réalité de la chair vivante qu’elle pétrit sous nos yeux ». dans ce Bal du siècle , on reconnaît Welles, Fellini, Hitchcock, Visconti, Godard… »C’est beau comme du King Vidor revua par Gene kelly » dit Gilles Jacob.

La Presse de la Manche– dimanche 30 avril et lundi 1er mai 1995- Karine Saporta attendue à Cannes- +1 portrait de E. Zheim + 1 photo de la pièce- article de Annie Jeanne

La Presse de la Manche- Invitation à Cannes : Karine Saporta de Caen à Cannes6 photos de répétition dont 1 de tournage MH Rebois + 1portrait de KS+1 portrait de Sophie Renaud- de Annie Jeanne-article de Annie Jeanne

Sur la scène du théâtre de Caen, un texte de Cocteau défile sur l’écran (miraculeusement précédé d’un clap de tournage laissé là par le labo qui a fait les extraits et où l’on voit le clapman avec son béret) et invite le public à se laisser entraîner dans la magie de l’imaginaire. Juste à côté… la Bête apparaît dans une nébulosité qui emprunte au fantastique toute la puissance nécessaire pour partir en voyage sans plus de résistance. Mais chut ! Vous n’en saurez pas plus car « Le Bal du siècle » est un bouquet artistique dont les fragrances ne doivent pas être dévoilées puisque expressément « cueilli » pour le festival de Cannes. En effet, un jour de juillet 1994, le délégué général de la grande fête sur la Croisette, Gilles Jacob, téléphone à KS et lui demande de réserver sa dernière création pour célébrer la soirée spéciale Centenaire du cinéma »

Quelques jours auparavant, sur les conseils de son assistante Sophie Renaud, Karine Saporta avait envoyé un courrier à différentes instances afin de leur soumettre son projet de créer une pièce qui… danserait la passion au cinéma.

La passion, celle-là même qui vous enflamme, vous broie, vous tord, vous brûle sans jamais toutefois vous consumer, puisque c’est justement elle qui fait vivre, qui fait se sentir vivant. Cette passion existe depuis la nuit des temps. Karine Saporta va l’approcher, la frôler, la toucher pour enfin se l’approprier le temps de neuf films qui mettent en scène les couples mythiques du cinéma. 3c’est cela qui fut le plus difficile : choisir, trier, sélectionner les œuvres parmi les 420 que j’ai visionnées…Seule avec les neuf films retenus (« Duel au soleil », « Le Mépris », « La Belle et la Bête », « La Dolce Vita », « La Dame de Shangai », « Le Guépard », »Un tramway nommé désir », mais aussi, pour cause de danse, une comédie musical comme « Chantons sous la pluie » (« Singing in the Rain ») . L’artiste a alors scruté tous les gestes de la passion afin de les chorégraphier ensuite.

Le charme de la force

Karine Saporta l’a déjà prouvé, et pour ceux qui suivent son évolution depuis des années, ce ne sera pas une surprise : la danseuse-chorégraphe aime relever des défis et surtout… les gagner. Cette fois me direz-vous il s’agit tout de même du Festival de Cannes qui attire chaque année les plus grandes stars du 7e art. mais qu’importe ! Ce qu’elle veut, Karine Saporta l’obtient et c’est probablement cette volonté farouche qui fait la force de celle qui se retrouve ici au sommet de sa carrière. Karine Saporta aime la danse, le cinéma, la photographie, l’art et le monde des idées. Dès lors comment s’étonner que la création soit son univers et que l’air qu’elle respire vienne de cette drôle de planète appelée : émotion ?

Avec ses 7 interprètes, Jean Bauer son décorateur et toute son équipe, Karine Saporta est en ce moment au théâtre de Caen (dimanche 30 avril et lundi 1er mai 1995) où elle s’apprête à vous dévoiler le mystère de sa création le jeudi 4 mai à 20h30. Trois scènes de chaque film ont été chorégraphiées, non pas revues et corrigées, non surtout pas, plutôt revisitées par une artiste à fleur de peur en cette ultime ligne droite. Ensuite ou peut-être est-ce déjà le cas ; Karine Saporta se retirera dans son imaginaire où les vois de l’extérieur ne l’atteindront plus…Jusqu’à ce 24 mai au soir où la belle se réveillera aux sons des applaudissements de Cannes. Cela ne fait aucun doute car j’ai vu les …Non, non je ne dirai rien !

Karine Saporta de Caen à Cannes

Elle a l’élégance sauvage d’une scarlett qui arbore magistralement sa féminité et lorsqu’elle franchit pas à pas le palais du festival de Cannes, Karine Saporta espère bien que toutes et tous entreront sincèrement et sans retenue dans son « Bal du siècle ». C’était le 24 mai dernier et la chorégraphe caennaise a fait tressaillir d’émotion la salle Debussy. Pour nous, Karine Saporta de Caen à Cannes.

Karine Saporta va faire vivre à son entourage, un de ces chapitres rares et déterminants comme il en existe quelquefois dans la vie, lorsque l’on cesse d’être sage pour laisser libre cours à la passion… même si c’est risqué.

Projections de plus 400 films, sélections, doutes, déchirements et coups de cœur vont ponctuer le parcours de la chorégraphe que l’on retrouve au mois d’avril avec 9 films d ‘amour dont il va falloir désormais extraire le substantifique cri. Aller au-delà du mot en faisant chair les héros mythiques amoureux. Parallèlement Sophie renaud, responsable de la communication et de la diffusion de la compagnie ainsi que le responsable de la cinémathèque de la danse Patrick Bensard, vont entamer les tractations pour les ayant-droits et les autorisations d’utiliser les copies. Quant à elle, Karine est déjà dans son imaginaire et la machine est en marche pour ne plus s’arrêter avant longtemps.

Karine Saporta a certes repris des fragments de scènes de Duel au Soleil de King Vidor, « Vertigo » mais elle leur a offert une troisième dimension qui est celle de la réalité. Les couples mythiques James Stewart/Kim Novak ou Gregory Peck/Jennifer Jones ont transpercé l’écran pour être palpables des yeux. Karine Saporta a été ce rigoureux puriste qui a puisé la magie d’un geste pour le pousser plus loin dans son essence jusqu’à le rendre vivant sur scène. Un peu comme si d’un coup de baguette magique extraordinaire le héros sortait de l’image pour prendre forme sous nos yeux étonnés. Il fallait oser le faire , Karine Saporta l’a fait et … ils l’ont chaleureusement applaudie. Au salon Rotschild, l’ovation et sous la porte de sa chambre à l’hôtel, un mot de Gilles Jacob.

Dans la semaine du 12 mai, entre répétition et émissions de télévision, Karine Saporta part à Cannes avec ses danseurs afin de « caler » lumières, régie et mise en place du décor. Elle le sait déjà le soir de la première son équipe n’aura qu’une heure pour tout mettre au point avant l’exécution de la pièce. Et Karine sait très bien que le mot exécution n’est pas trop fort. Elle qui vient du monde de la danse et qui a sa place privilégiée au Carlton à côté de Pierre Viot (Président du Festival de cannes), ne sera pas ménagée si le plaisir du spectateur n’est pas assouvi. Alors on travaille encore et encore à Paris (salle La Coupole au théâtre de la Ville), on supprime douloureusement « La Belle et la Bête » et « La Dolce Vita » pour être dans les temps. La ligne droite est là, fatalement, Karine Saporta a peur. C’est sur son nom que tout s’est fondé, mais c’est aussi le sien que le public et les journalistes vont déchiqueter s’ils ne sont pas séduits. Seule face à tous. Karine Saporta repart pour Cannes le 22 mai au soir (par le train de nuit en couchette). Le festival est déjà bien entamé et la course contre la montre va commencer sans répit et sans pitié. C’est cela aussi la vie des artistes.

Dès le mardi matin, Karine Saporta va se prêter de bonne guerre à la ronde des interviews et des télévisions. Canal+, Arte, elle obtient toutefois de la direction du festival de pouvoir répéter une dernière fois avec ses danseurs dans la nuit du mardi au mercredi de une heure à six heures du matin.

Ce sera donc juste après le dîner au Carlton où la chorégraphe s’étonnait de la place privilégiée qu’on lui avait réservée. « C’est drôle je n’ai pas de film à Cannes et pourtant je suis à une place d’honneur. Il est bon parfois de se laisser griser sans poser de questions. Ce n’était nullement le moment de paniquer. Tout à l’heure ce sera « Le Bal du siècle ».

Concentrée avec son équipe, Karine Saporta prêche la rigueur et la discipline. Elle sait que l’équipe technique va devoir faire un véritable travail d’acrobates pour que tout fonctionne bien, il ne faut surtout pas relâcher l’attention. 22 heures c’est l’entrée au Palais du festival. La dernière projection a du retard. Les cœurs battent la chamade mais il faut tenir bon. 22h30 c’est parti ! En régie Karine Saporta sait que le spectacle ne lui appartient plus, l’enfant est sur scène et va vivre ses premiers pas devant un parterre de stars et de gens qui n’ont peut-être pas l’habitude de la danse. C’est d’abord Vertigo et Kim Novak, l’ange blond aérien descend sur scène pour ouvrir les portes de l’impossible devenu réalité. Le mythe est devenu chair ! Le public secoué applaudit. Un peu plus tard, une perruque trop crêpée, Saporta est la seule à le remarquer. Le spectacle continue à charmer et on l’aime. 23heures et des poussières, une salve d’applaudissements salue la chorégraphe et ses danseurs. Voilà, c’est gagné, le cri a dépassé le mot, parce que Saporta y a mis toute son âme. Un peu plus tard dans le salon Rotschill, les danseurs qui arrivent un à un sont ovationnés par les gens présents à ce dîner de gala… La fête est à son comble, Dans un coin, Karine est heureuse, tout simplement. Reste que… Or le matin sous sa porte la jeune femme trouve un petit mot de Gilles Jacob : il a trouvé la pièce formidable et il m’a remerciée. Là, Karine Saporta est vraiment heureuse, elle ne pouvait souhaité d’Happy-End plus élégante et plus chaleureuse. Annie Jeanne

 

Encadré :

Karine Saporta ne cachait pas sa joie après le succès de sa grande première du 24 mai. « Les danseurs ont vraiment très bien dansé. Jusqu’au dernier moment, nous avons tous été soudés et nous nous sommes mis dans les conditions afin de ne relâcher à aucun moment., rigueure et concentration. Lorsque j’ai vu Vertigo, le premier morceau de la pièce, j’ai tout de suite senti que nous étions tous sur la bonne fréquence.Il n’y a eu aucune réaction négative, et j’ai vraiment été heureuse d’entendre mes danseurs ovationnés.

Ce que ne dit pas l’article c’est que toute la nuit le groupe autour de Karine sillonnera la Croisette, montant et descendant les fameuses planches,buvant des coups et croquant des pommes d’amour vendues par des petits marchands à la sauvette, pour finir au petit matin par embarquer sur le premier bateau en partance pour Porquerolles. Débarquée et groguie de succès, Karine et sa troupe se retrouveront dans une petite crique pour enfin s’endormir sous les étoiles pâlissantes devant l’ascension de l’astre glorieux. Un nouveau jour se lève. Bonne nuit Karine, fait de beaux rêves.

L’Express semaine du 4 au 10 janvier 1996- Danse : Karine Saporta –annonce de F.E pour le Théâtre de la Ville à L’Américan Center-8 au 13 janvier 1996

 

c’est peu dire qu’elle aime le cinéma Saporta, elle le dissèque avec patience, l’absorbe avec passion. La chorégraphe va là où le cinéma brûle, là où il aime à la folie ; Là où il donne à penser….

Ce que Karine Saporta traque c’est la part du monstre. Prise dans la glace chez Hitchcock, Welles ou Greenaway. Portée au pinacle par Fellini. Ou presque évacuée chez Godard. Saporta en est sûre quand il cherche à nier cette part du monstre, l’art est menacé de mort. Elle creuse ce propos. Cela pourrait durer des nuits entières. La lumière du jour lui est tellement moins familière que l’obscurité de la nuit ou d’un théâtre.

…une chose est sûre l’image lui est presque aussi nécessaire que la danse. Quand elle parle du cinéma, elle parle de la danse. Quand elle parle de la danse, elle parle du cinéma. La lumièrte et la nuit. La blonde et la brune, comme disait la chanson de Viva Maria…

Brigitte Bardot : c’est un corps de transgression. La femme proie, la femme animale. La femme plante au soleil qui se montre en train d’exhiber aux yeux de tous son désir. En voyant Bardot, on pense à ce que disait Godard : le cinéma au fond ce sont les femmes et l’argent. Je ne trouve rien de semblable dans la danse.

Le Mépris : Godard nous annonce la fin de l’héroïsme, la fin de l’exa ltation du personnage. La bande son se suffit à elle-même. C’est par elle uniquement que passe la mélancolie de l’après-coup. Ce qui manque au Mépris c’est la nausée. Je reste cependant attachée au personnage de Fritz Lang, à la part de légende qu’il porte comme si il était le surmoi de Godard.

« La Dame de Shangai » : tant de maîtrise est difficile à comprendre pour moi. Je ne sais pas raconter des histoires. Toute ma génération est un peu comme cela, avec les histoires, en difficulté de raconter. Je suis dans une admiration absolue. A mesure que le film avance, les acteurs sont de plus en plus étranges, mythiques. Welles emporte leur corps le plus loin dans le rêve. Nous ne sommes plus du tout dans la quotidienneté, ici c’est l’univers des rêves, des cauchemars. On est dans l’exacerbation du sentiment et en même temps on est dans la retenue. C’est tout a fait opposé au cinéma vérité.. Je suis frappée par la glace absolue de l’intelligence. C’est un cinéma qui sollicite la pure jouissance du regard. Orson Welles est un très grand chorégraphe.

Je regrette vraiment de n’avoir pu intégrer La Dame de Shangai dans Le Bal du siècle. Nous n’en avons pas eu le temps.

Hitchcock : Il m’envoûte. Sa forme d’intelligence, la construction de ses récits, son sens de la narration me sont tout à fait étrangers. Hitchcock est un stratège presque guerrier. Il traite le spectateur comme un ennemi. Chacun semble guetter l’autre.

J’aime son rapport constant à la faute, à la culpabilité, au mal. L’assasisn ne s’annonce jamais comme tel. Le mal ne vient pas d’ailleurs, il est là. Je suis convaincue qu’aucun cinéaste, aucun chorégraphe ne peuvent mettre le corps en mouvement sans qu’apparaisse quelque chose d’un peu monstrueux. Cela Hitchcock le savait.

Peter Greenaway : il entretient comme moi un lien très fort à l’histoire. C’est un artiste qui ressent comme une barbarie la montée de l’ignorance, le mépris de tout ce qui constituait la culture des générations précédentes. Les avant-gardes ont fait table rase du passé, alors que les strates accumulées par l’histoire sont fondatrices. Pour en reconstituer le sens il faut une espèce de suractivité cérébrale. Son cinéma témoigne de l’urgence dans laquelle nous sommes de recoudre le sens et la forme artistiques. Il porte la nostalgie de la peinture et du théâtre. Chez Peter Greenaway , l’esprit est viscère et le corps est esprit, avec toujours présente la dimension épique.

L’hermaphrodite du « Satyricon » :

Fellini en fait une beauté toxique à l’état pur. Il y a dans toute l’histoire du cinéma ce type de rapport à la beauté-limite qui témoigne de l’immortalité, de l’imaginaire. Fellini fouille avec cette image le rapport à la décadence.

Regarder la monstruosité est improductif pour la société. Pourtant la monstruosité a toujours été sacralisée à travers l’histoire. Elle représente ce que l’on ne peut pas prévoir.

Aujourd’hui le cinéma ne se permet plus ce genre d’image. Il est devenu trop bourgeois. Son seul excès, c’est la violence. On s’interdit la force de la vision, la subversion qu’elle comporte. On en a peur. On accepte de nouveaux interdits. On les reproduit. On s’installe dans l’anesthésie. Attendant peut-être cette piqûre de guêpe dont parle Paul Valéry.

Pourtant tous nous continuons à rêver mille autres corps. C’est peut-être cela d’ailleurs qui pousse les danseurs à danser. Propos recueillis par Daniel Conrod

Télérama du mercredi 24 mai 1995- Les films de leur vie+1 portrait+ 1 portrait de KS de Tristan Vallès/Enguerand- dossier de Daniel Conrod