EXPOSITION 

 » Toucher l’infini, 7 « 
Elisabeth Leverrier 

 

Du Feu Bleu

Regarder les négatifs de mes feux c’est voir ce que cela donne de l’autre côté, voir ce qui émerge. Le feu y apparaît en bleu. J’y vois comme une bascule vers une autre réalité, un ailleurs possible. Une transmutation ? De trans et mutare : « Transporter ailleurs-changement de substance en une autre-changement de nature »(1). Transporter ailleurs, mais vers quel espace ? Insaisissable, ne se consumant pas le feu bleu ne s’éteint jamais et renvoie à un hors temps. La couleur bleue symbolise aussi l’infini : elle renvoie aux éléments ciel/mer/cosmos. L’espace/temps du feu bleu repousse les limites spatio/temporelles : il se pare d’une dimension cosmique.

Le feu bleu nous renvoie à une réalité qui nous dépasse, dont nous faisons partie et qui nous traverse. À regarder les négatifs, une bascule s’opère du côté du bleu mais aussi du côté du silence, ce feu là ne crépite pas. Comme une peau retournée vers notre profondeur, on refait le chemin vers cet en soi cosmique pour s’y ressourcer à sa substance : celle de la nécessité intérieure.

« L’immensité est en nous…c’est la grandeur cachée…une impression essentielle qui cherche son expression…l’immensité du côté de l’intime est une intensité d’être…les « correspondances » accueillent l’immensité du monde et la transforment en une intensité de notre être intime ».(2)

À la gouache une vingtaine de Feux bleus tel un flux comme une empreinte de ce qui nous traverse.

Elisabeth Leverrier

(1) Dictionnaire de la langue française, le Robert, sous la direction d’Alain Rey (2) La poétique de l’espace, G. Bachelard, édition établie par Gilles Hieronimus – Quadrige – PUF